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Loïc Le
Ribault
Présentez...
Âme !
PRÉFACE
par Pierre LANCE,
Rédacteur en Chef de L'Ere
Nouvelle
Loïc Le Ribault est avant tout un
esprit libre. C'est vous dire à quel point il
est hors de la norme, dans un monde où tant
d'humains s'appliquent à imiter les autres, à
suivre les idées à la mode, à courir dans le
vent ou à nager dans le sens du courant.
On ne peut même pas dire de lui
qu'il va à contre-courant: il ignore les
courants, tout simplement, et depuis son enfance
il s'applique à se fabriquer un destin à nul
autre pareil. Cela ne va pas sans déboires, dans
une société où l'on ne prise guère celui qui
marche « en suivant les ch'mins qui
n'mènent pas à Rome ». Bref, il a têté dans
son plus jeune âge aux mamelles de la Liberté.
Aussi ai-je l'honneur de le considérer comme mon
frère de lait. Issu de l'heureux croisement
d'une femme de science et d'un homme de lettres,
il a réussi de bonne heure en lui-même la
synthèse harmonieuse du cerveau gauche et du
cerveau droit, devenant ainsi dans la gent
bipède un spécimen rare d'homo sapiens sapiens
et sapiens derechef. Voici où cela devait le
conduire :
Passionné de la vie qu'il croît
fraîche et joyeuse, il invente à vingt-quatre
ans une nouvelle technique scientifique :
l'exoscopie, grâce à laquelle on peut désormais
extraire de l'infiniment petit des connaissances
ultra-pointues par l'utilisation sophistiquée du
microscope électronique à balayage. Des
scientifiques du monde entier sifflent
d'admiration et saluent chapeau bas leur jeune
collègue talentueux, tandis que les grandes
compagnies pétrolières requièrent ses services
pour déceler sur la surface des sols les indices
de l'or noir qui gît dans leurs profondeurs.
N'est-il pas le seul homme au monde à savoir
faire parler le plus infime grain de sable ?
Partant de là du pied gauche
autant que du droit, c'est-à-dire à pieds
joints, il propose à l'Etat français la création
d'un laboratoire central de microanalyse pouvant
rendre à la nation d'immenses services dans de
nombreux domaines. Comme quoi l'intelligence la
plus perçante peut très bien s'accompagner de la
candeur la plus benoîte. Les cloportes des
ministères vont toiser du haut de leur
insuffisance ce jeune impétueux qui nourrit
l'extravagant projet d'être utile à son pays
dans la spécialité où il excelle. Quel toupet !
Lui a-t-on demandé quelque chose ? Les
propriétaires du service public savent ce qu'ils
ont à faire. En, l'occurence... rien. Personne
ne va perdre son temps à lui répondre ni à jeter
le moindre regard sur ses propositions.
Expérience douloureuse mais fort
instructive. Le Ribault comprend que la société
française est cul par dessus tête, ce dont il se
doutait déjà. Qu'à cela ne tienne ! Ce qu'on ne
veut pas dans le public, il le fera dans le
privé. Car il est de ces hommes qui préfèrent
prendre le taureau par les cornes que tirer le
diable par la queue.
Aussi crée-t-il, en 1981, le
Centre d'Applications et de Recherches en
Microscopie Electronique (le CARME), vers lequel
vont affluer les plus prestigieux serviteurs des
pouvoirs publics : policiers, gendarmes, juges
d'instruction, qui ont le plus grand besoin de
l'exoscopie pour mener à bien les enquêtes
criminelles les plus épineuses. Et ce
laboratoire que l'Etat avait dédaigné de créer
aura bientôt l'Etat pour client assidu et très
demandeur, par nécessité pressante. Joyeuse
revanche pour Le Ribault, mais sombres
lendemains à prévoir, car l'Etat est un dieu
jaloux qui ne pardonne jamais les erreurs qu'il
commet à ceux qui avaient voulu les lui éviter.
Logique perverse dont le seul énoncé vous fera
comprendre, j'espère, les péripéties transposées
dans le présent ouvrage.
Je n'ai pas l'intention de vous
raconter ici la vie de Loïc Le Ribault, car,
outre que ma préface remplirait alors tout le
volume, il se trouve qu'il l'a racontée lui-même
en trois livres passionnants. Si vous n'avez pas
encore eu la joie de les lire, qu'il vous
suffise de savoir, pour apprécier comme il
convient toutes les pages de ce roman
fantasmagorique, que son auteur a été dans les
années quatre-vingt le rénovateur de la police
scientifique française, qui l'en a remercié par
le plagiat, le pillage et la disgrâce ; que,
contraint de se reconvertir, il fut ensuite
l'inventeur d'un produit merveilleux issu des
grains de sable dont il connaissait tous les
secrets intimes, produit à base de silicium
organique capable de guérir les humains de
nombreux maux et douleurs, ce qui lui valut
d'être poursuivi par le Dés-Ordre des Médecins
et emprisonné durant deux mois et demi au milieu
des criminels dont certains avaient été pris
grâce à lui.
Ce résumé biographique
hyper-concentré vous convaincra certainement que
Loïc Le Ribault est plus que quiconque autorisé
à confondre l'enfer et le paradis, les anges et
les démons, Satan et Jehovah. C'est à ce petit
jeu de méli-mélo et du vice et versa qu'il vous
convie dans ce livre à l'humour corrosif.
J'espère que vous prendrez autant de plaisir que
je m'en suis offert à lire ce reportage dans
l'au-delà qui est surtout une caricature de
l'en-deça.
Après quoi, si quelqu'un vous
demande si Loïc Le Ribault est un scientifique
performant ou un littéraire surdoué, vous
n'aurez qu'à répondre que vous n'aimez pas que
l'on vous pose des colles.
Pierre Lance, 11 avril
2001 |