| Après une série de démarches
négatives dans de petits centre anticancéreux, à
Lyon en particulier où j'avais tenté d'associer
le D.N.R. à l'action des trypanosomes, j'essayai
d'intéresser les chercheurs d'un centre parisien
beaucoup plus important.
Là, tout était impressionnant.
Dans les couloirs, la salle des pas-perdus, le
nombre des malades semblait considérable.
Certains, vraisemblablement arrivés depuis peu,
étaient en assez bon état. D'autres, à cause de
leur état général ou de leurs mutilations,
faisaient pitié.
L'institut utilisait, dès cette
époque, des antimitotiques qui entraînaient la
chute des cheveux. Ce simple fait, anodin pour
les gens d'un certain âge, complexe affreusement
les sujets jeunes et surtout les femmes. Une
grande partie des malades portaient, comme à la
cour de Louis XIV, des perruques et les femmes
de petits chapeaux standard rappelant, en
beaucoup plus sinistre, un pensionnat de jeunes
filles.
A l'extérieur, le spectacle était
encore plus lugubre. Par dizaines, les
ambulances amenaient des malades grabataires à
la porte d'entrée, par dizaines également les
ambulances emmenaient en catastrophe ceux qui
devaient bientôt quitter cette terre de
souffrance.
Lorsque je me présentai pour la
première fois à cet institut de recherches et
que j'assistai à cette ronde macabre, j'implorai
le ciel de permettre au D.N.R. de triompher :
éviter que la recherche ne soit assimilée à un
petit ordinateur qui permet d'équilibrer le
nombre des ambulances qui arrivent avec celui de
celles qui partent. Ceci se passait vers
1964.
N'ayant pas pris rendez-vous, il
me fut très difficile d'obtenir un entretien
avec le directeur des recherches. Dans un long
couloir, je pus finalement l'aborder et lui
exposer l'objet de mes démarches. Se disant
intéressé par mes propos, il me mit
immédiatement entre les mains de son
adjoint.
Celui-ci m'écouta poliment,
puisqu'il exécutait les ordres de son chef.
Je lui montrai les premiers tirés
à part(1) concernant l'utilisation du
D.N.R. dans le traitement du cancer.
Parmi les malades ayant bénéficié
du produit figurait Roland Dorgelès, président
de l'Académie Goncourt. Mon interlocuteur, qui
le connaissait, fut ému d'apprendre que le
D.N.R. avait guéri un homme aussi éminent. Il
s'intéressa vaguement à la formule en fredonnant
un air à la mode et partit occulter à tout
jamais le flacon de D.N.R. dans un placard.
Au moment où il revenait, je lui
demandai si l'expérimentation allait vraiment
être entreprise ; il opina du chef et me
conseilla de repasser dans deux ou trois
mois.
Comme convenu, je revins trois
mois après. Je revis le réceptionnaire du D.N.R.
On ne put me donner de nouvelles de la
pseudo-expérimentation. En effet, celui qui
était censé l'effectuer avait les oreillons.
A mon grand regret, je dus
décrocher et laisser les cancéreux français nous
quitter à raison de deux cent cinquante mille
par an avec des thérapeutiques peut-être
renouvelées mais homogènes par leurs résultats
toujours catastrophiques.
Par la suite, ce torpilleur du
D.N.R. donna sujet à une émission d'une heure à
la télévision. Vingt millions de téléspectateurs
le virent errer dans les couloirs de son service
hospitalier sans jamais le voir entrer dans les
salles des malades.
Deux cent cinquante mille
personnes à loger tous les ans pour l'éternité,
cela ouvre des perspectives particulièrement
prometteuses ; mais pour les constructeurs de
nécropoles seulement.
Dans ce gigantesque service où les
malades étaient en perpétuel renouvellement, le
D.N.R. était donc automa-tiquement voué à la
poubelle. Au lieu de le faire contribuer à
anéantir cette géhenne putride, on l'avait
plongé dans un placard.
Cette défaite parisienne me
traumatisa un certain temps, mais mon habitude
du yoga me permit, par des respirations
adaptées, de récupérer assez vite.
A cette époque, les Américains
étaient forcés de reconnaître que, malgré un
crédit de sept milliards de dollars pour vaincre
le cancer, le nombre des morts causés par cette
maladie avait augmenté. Avec une objectivité
louable, ils reconnaissaient n'avoir pas cherché
dans la bonne direction.
Au contraire, le grand responsable
français qui m'avait éconduit expliqua
paisiblement à un journaliste qui l'interrogeait
que tout était satisfaisant pour la guérison du
cancer. Il est vrai qu'il s'agissait de celui du
rein chez le nourrisson. Comme le journaliste
s'élevait contre son optimisme et alléguait les
déclarations américaines au sujet du cancer du
poumon, il répondit sans sourire : " Ils
fument trop ! "
Un peu plus tard, un de ses
collaborateurs édita un ouvrage de trois cents
pages semblant s'adresser aux sains d'esprit et
qui pouvait se résumer ainsi : " Pour ne pas
avoir le cancer, ne fumez pas, ne prisez pas, ne
chiquez pas ! "
Mes démarches à Paris pour
concourir à lutter contre le cancer avec le
D.N.R. simple ou amélioré se soldèrent donc par
un échec. Il faut avouer que, pour commencer, je
m'étais attaqué au fléau le plus redoutable de
notre siècle.
" Et pourtant, elle tourne !
" avait dit Galilée avant moi.
Le D.N.R., même utilisé seul (ou,
mieux, après addition de quelques
oligo-éléments) permettait de traiter
efficacement le cancer du poumon. Dans plus de
deux cents cas, nous avions observé une
évolution bien plus favorable qu'il était permis
de pronostiquer, ainsi que le caractère durable
des résultats obtenus dans 90 % des cas et une
amélioration de l'état général des patients, et
ce avec un recul de plus de dix ans.
Les patients mettaient une
compresse de coton imprégnée de D.N.R. sur leur
poitrine avec une feuille de plastique par
desssus, et ce huit heures par jour (de
préférence la nuit)(2). Ils
tamponnaient également leurs avant-bras deux
fois par jour, laissaient sécher deux minutes et
rabattaient leurs manches. Il faut rappeler que
ce complexe organosilicié traverse facilement
l'épiderme et le derme avant d'entrer dans
l'économie générale.
Au cours de l'expérimentation
animale, nous avions, en effet, montré avec les
experts pharmacologues qu'une demi-heure après
application du D.N.R. sur la patte du cobaye, on
retrouvait le produit dans le
sang(2).
Dans mon entourage,
malheureusement, j'ai enregistré deux échecs :
chez un cousin pour qui j'avais beaucoup
d'affection, et pour une amie de ma mère à
laquelle je tenais beaucoup.
Mais heureusement beaucoup
d'autres ont pu profiter des possibilités
thérapeutiques du D.N.R. dans ce domaine. En
biologie, il est très difficile d'obtenir 100 %
de réussite. J'ai également encore en mémoire
les cris de joie et d'enthousiasme de médecins
homéopathes qui, à travers la France,
observaient de manière beaucoup plus
scientifique les améliorations rapides des
radiographies des patients atteints de cancer du
poumon. Ces changements, ils ne les avaient
jamais observés avec les traitements classiques,
et ils tenaient à me le dire de façon spontanée.
C'était surtout l'amélioration observée sur leur
premier malade traité au D.N.R. qui déchaînait
leur enthousiasme.
Ils avaient l'attitude euphorique
du découvreur qui vient de réaliser une
découverte inattendue et géniale.
Faute de pouvoir faire
entreprendre une expérimentation officielle, je
n'ai jamais pu observer ce même type de réaction
dans les instituts spécialisés. Et pourtant,
tant par écrit que de vive voix, j'ai indiqué le
nom des composés organo-siliciés vendus dans
toutes les pharmacies de France.
Ils auraient pu se procurer ainsi
du D.N.R. à mon insu et faire objectivement les
applications préconisées et observer les faits
positifs ou négatifs. Tel ne fut pas le cas et
trente ans après les premiers essais du D.N.R.
pour le cancer du poumon, les statistiques pour
cette affection ne font que s'aggraver.
Nous avions observé également que
dans plus de 90 % des cas, le D.N.R. permettait
d'obtenir des résultats satisfaisants pour le
traitement du cancer du pancréas.
Ce n'est que beaucoup plus tard
que le docteur Bellocq s'aperçut que
l'association de D.N.R. et d'extraits
placentaires (en vente dans toutes les
pharmacies et utilisés pour des affections
mineures) donnait des résultats très
satisfaisants pour le traitement des cancers
(autres que ceux du poumon et du pancréas).
L'application de ce mélange se
fait toujours par voie locale.
Il est évident que l'action
destructrice des antimitotiques et autres
traitements de démolition de l'organisme sont à
éviter pendant ce traitement.
Il est regrettable que pendant
trente ans notre traitement par le D.N.R. n'ait
pas été utilisé par les spécialistes du cancer,
puisque les diverses thérapies multiformes
utilisées n'ont permis que la progression du
nombre des cancers, en particulier ceux du
poumon.
Mais l'indifférence des patrons
parisiens et provinciaux visités était toujours
la même.
Il était à penser que l'Oscar
des Pompes Funèbres les intéressait plus
que le prix Nobel.
Au cours de mes démarches
parisiennes, je ne manquai pas de proposer
d'expérimenter le D.N.R. contre la leucémie,
maladie voisine du cancer. Un grand patron
faisait état, tous les ans, des progrès
étonnants réalisés dans cette lutte par ses
services. Je pensais que ma découverte pouvait
être utile pour potentialiser ces progrès
récents.
Sans avertissement préalable, je
me présentai dans ses services. Renseignements
pris, j'eus l'assurance que le patron était
parmi ses malades. Me voyant arriver, il
s'esquiva avec agilité dans un immense
laboratoire. Finalement, la Providence me
favorisa puisqu'elle me permit de le coincer un
instant entre deux échelles chargées de pots de
peinture. Poliment, je lui exposai l'objet de
mes démarches. Je lui précisai que j'étais
chimiste, et il me répondit :
- Vous êtes chimiste, moi pas
! Voici mon chimiste. Il est beaucoup plus
compétent que moi. Merci. Au revoir !
Je vous laisse imaginer ce que put
être cet entretien et les suites qu'il put
avoir.
Ce que je peux affirmer, c'est que
le traitement actuel de la leucémie, vingt ans
après cette anecdote tragi-comique, a besoin
d'être changé de manière fondamentale pour être
efficace. Mais, fait qui doit être noté, le
patron, faute de pouvoir faire admettre en
France et à l'étranger ses bulletins de
victoires médicales, s'est reconverti de manière
fracassante et flatteuse : il est entré à
l'Académie française pour ses oeuvres
littéraires. Le " blablabla " permet de trouver
quelquefois des sorties triomphales.
Dans ce cas encore, la science
pouvait se dispenser de l'expérimentation, aux
dires de ce chef de service toujours satisfait
des résultats de la lutte contre la leucémie.
Une vague supputation dubitative de ce perpétuel
auto-satisfait avait permis d'éliminer le D.N.R.
d'un revers de main.
(1)
Lorsqu'un auteur publie un article dans une
revue, il reçoit des exemplaires de celui-ci,
mais non de la revue complète. C'est ce qu'on
appelle les tirés-à-part (ND
LLR)
(2) Il sera souvent question
de compresses dans cet ouvrage. Dans
tous les cas, le principe est le même : il
s'agit d'un coton imprégné de D.N.R. (pur ou
additionné d'un ou plusieurs autres produits) et
recouvert d'une feuille de plastique pour éviter
l'évaporation (ND LLR)
(3)
Gueyne, Duffaut & Quilichini -
Thérapie, 1962 - 17 -
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