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D.N.R. et le pétrole

Au cours d'une conférence, j'appris un jour que seulement 25 % du pétrole contenu dans les roches-magasins pouvaient être récupérés. Ceci avait été dit comme en passant et, à la fin de l'exposé, j'avais demandé au conférencier quelques renseignements complémentaires. Je lui avais suggéré l'utilisation de produits sulfonés puisque, dans mon esprit, il suffisait de procéder au décapage du bitume de ces roches-magasins avec des produits du genre Crio ou Omo, c'est-à-dire de se mettre dans la condition de la ménagère qui veut laver des serviettes sales.

Il me répondit :

- Jeune homme, donnez-moi vos échantillons, nous les ferons expérimenter par qui de droit!

Mais je n'eus aucune nouvelle des dites expérimentations. Toujours dévoué à la cause de l'humanité, je pris contact avec les services de recherches de sa firme. Le chef de service accepta mes échantillons à son tour. Las ! Un an après, comme je venais m'enquérir des résultats, il me fut répondu que ce personnage avait été muté ailleurs.

Le nouveau chargé de recherches que je vis quelques mois après lui avoir donné d'autres produits m'annonça que l'un des essais avait été prometteur. Il me demanda de revenir et cette fois je me fis escorter par messieurs Dunoguès et Bourgeois. Il nous montra dans quelles conditions il opérait et nous confirma que depuis soixante-quinze ans on ne récupérait que 25 % du pétrole contenu dans les puits. Or, avec notre échantillon, dans une exéprience simulée, c'est-à-dire en laboratoire, il en avait été récupéré 70 %. Notre enthousiasme fut grand. Encore fallait-il donner une suite à ces travaux prometteurs.

Il vint à la faculté des sciences où il rencontra monsieur Calas, directeur de notre laboratoire, et lui confirma les bons résultats obtenus. Je lui demandai alors quand il expérimenterait in situ, c'est-à-dire dans un vrai puits de pétrole. Il sourit finement et me demanda de poursuivre mes travaux pour essayer d'améliorer le rendement (!), de perfectionner mes produits.

J'obtempérai et à force de manipuler ces molécules savantes, je constatai que les résultats, loin de s'améliorer, étaient moins bons.

Ce chef de service partit à son tour pour des terres étrangères. Son remplaçant se fit tirer l'oreille et pendant des mois aucune suite ne fut donnée à ma découverte.

J'essayai alors d'entrer en contact avec le directeur des établissements parisiens, mais ne fus sans doute pas très diplomate. Je disais en particulier que dans leur laboratoire du sud de la France on était très bien reçu, qu'on y mangeait bien, mais que là s'arrêtaient les démarches scientifiques. Il y eut des retombées néfastes sur les chimistes de ces laboratoires du sud.

La consommation moyenne était à cette époque de trois milliards de tonnes de pétrole brut à deux cents centimes le litre. Cela représentait sept cent mille milliards de centimes. Les organismes centraux distribuaient quelques centaines de millions de centimes à la recherche. Les détergents et les expérimentations n'étaient que des produits ou des expérimentations de routine. On faisait en particulier de magnifiques diagrammes ou des mesures de tensions intra-faciales qui ne servaient à rien, tout au plus à essayer de justifier les crédits alloués.

Deux ou trois ans après, voulant sans doute se réhabiliter, le président m'invita à Paris à une réunion. Je crus qu'il s'agissait d'une réunion intime, mais je me trouvai au milieu de trois cents personnes. De neuf à dix-huit heures, j'entendis des exposés sur des expériences anciennes, bien dépassées à mon avis. Je proposai des échantillons, mais on me répondit qu'il n'était pas question de les essayer.

Vainement aussi, je voulus indiquer un moyen d'éviter la dégradation des polymères et je suggérai d'utiliser un anticryptogamique tel que la bouillie bordelaise pour éviter les dégâts causés par ces micro-organismes.

En mai 1981, monsieur Mitterrand devint président de la République et monsieur Chevènement ministre de la Recherche. Ce dernier avait enlevé l'adjectif " scientifique " au mot " recherche ". C'est ainsi que j'assistai à un congrès de mille personnes où ne se trouvaient que deux cents scientifiques, le restant étant composé de huit cents chevelus au langage compréhensible pour eux seuls. Il s'agissait d' "Assises nationales "...

On fit ensuite à la faculté des sciences des " journées portes ouvertes ". Il vint beaucoup d'enfants en culotte courte.

Quelque temps après, une exposition eut lieu à la Bourse du commerce de Bordeaux, et peu de monde vint, car il fallait payer cinq francs.

Je tenais, désabusé, le stand de mon laboratoire et causais avec les uns et les autres lorsque je reçus la visite du président de l'U.E.R.(1) de chimie. Il me fit connaître(2) le savant qui tenait le stand voisin. C'était un géologue réputé, monsieur Loïc Le Ribault, lequel avait monté à la Teste un laboratoire de microscopie électronique(3). Devant son intérêt pour les problèmes de récupération du pétrole, je lui racontai mon histoire et il m'expliqua qu'il grossissait les objets trente mille fois : un millimètre atteignait la taille de la Tour Eiffel.

Quelques semaines après, il constata que le D.N.R., le plus simple des composés organosiliciés, permettait d'éliminer les argiles qui obturaient les pores des roches-magasins. En effet, les petits trous qui existent dans les roches pétrolifères, invisibles à l'oeil nu, sont obstrués non par du bitume, comme on le dit communément, mais par de l'argile.

Or, jusqu'ici il n'existait aucun solvant capable de décaper ces trous. C'est ce qui explique que vingt-cinq pour cent de pétrole seulement pouvaient être ramenés à la surface, tandis que les soixante-quinze pour cent restants demeuraient à jamais perdus pour l'homme.

Quels ne furent pas notre étonnement et notre joie de constater au microscope électronique que des "carottes ", plongées pendant cinq minutes dans du D.N.R. à cent degrés, voyaient leurs pores rapidement débouchés !

Des expériences effectuées au laboratoire montrèrent qu'il était possible dorénavant de récupérer non plus vingt-cinq mais quatre-vingt deux pour cent du pétrole contenu dans les roches-magasins.

Nous décidâmes donc de prendre un brevet en France. Avec monsieur Dunoguès, nous nous adressâmes à une société pétrolière française pour des essais in situ. Se déclarant intéressés par la totalité de nos expériences, nous prodiguant des paroles aimables, les dirigeants de cette firme ne commencèrent jamais leurs travaux.

En 1983, nous résolûmes de prendre un brevet aux Etats-Unis et dans divers autres pays.

Certains responsables eurent même le front de nous dire que les recherches sur la récupération assistée du pétrole avaient été abandonnées et que les économies d'énergie étaient en leurre et que les 180 milliards de tonnes de pétrole accessibles ne présentaient aucun intérêt pour l'humanité.

J'ai lutté pendant trente années pour essayer de valoriser la dune du Pyla en créant une matière plastique qui ne fonde pas à la chaleur et soit incombustible. Je n'y ai pas réussi. Mais je crois avoir mieux fait en créant le D.N.R. qui permettra de récupérer la majeure partie du pétrole contenu dans le sein de la terre.

Il n'y a que cinquante ans de consommation de pétrole dans le sous-sol si l'on continue à se servir des anciennes méthodes. Si on utilise les composés organosiliciés, l'humanité entrera à coup sûr dans une ère nouvelle.

C'est ce que je souhaite.

(1) Unité d'Enseignement et de Recherche (ND LLR)

(2) Le 23 mars 1982 (ND LLR)

(3) Le C.A.R.M.E. (Centre d'Applications et de Recherches en Microscopie Electronique) (ND LLR)

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Table des matières
1. Avertissement
2. Avant mes recherches
3. Premiers pas dans la science
4. Le D.N.1
5. A Bordeaux
6. A Paris
7. La province
8. Tribulations diverses
9. Cholestérol et hypertension
10. Les Virus
11. La cataracte
12. Gynécologie et podologie
13. Phtysiologie - bronchite chronique
14. Dermatologie
15. Le sport
16. La radioprotection
17. Un essai de théorie
18. Commercialisation du D.N.R.
19. Prix Nobel
20. D.N.R. et le pétrole
21. Conclusion