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Norbert Duffaut
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Qui a peur de Loic Le Ribault?
Les Coulisses du Crime
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L'histoire vraie du G5

EXTRAITS du LIVRE

 

ENCOURAGEMENTS


C'est bien connu : rien n'est plus glissant que les marches d'un commissariat. On sait qu'il s'y produit parfois des chutes mortelles.

C'est ce que je me dis ce matin-là, au premier étage du commissariat d'où je m'apprête à descendre pour aller faire ma toilette au rez-de-chaussée. En attaquant la première marche, je fais donc très attention. Surtout qu'un brillant architecte n'a rien trouvé de mieux que de recouvrir le mur de la cage d'escalier d'un crépi meurtrier dont les milliards de pointes acérées guettent le premier maladroit venu pour le lacérer tout au long de sa chute.

Ce genre de pensées vous trouble, surtout les jours qui ont mal commencé.

Et c'est le cas.

Car si je descends faire un brin de toilette, c'est qu'en manipulant un bocal tout frais arrivé de la morgue, celui-ci m'a éclaté dans les mains, couvrant de sang ma chemise.

Et ce qui devait arriver arrive donc.

C'est en fort mauvais état que j'atterris sur le paillasson du hall d'entrée, quelques secondes plus tard. Juste au moment où pénètre dans le commissariat, menottes aux mains, un vieux cheval de retour repris la main dans le sac.

Ce qu'il voit l'émeut : un homme, la chemise couverte de sang, les avant-bras déchiquetés (salaud d'architecte !), gisant à terre, gueulant comme un veau et relevé par deux policiers.

Passant devant moi, du coin des lèvres, il me lance :

    « T'ont pas loupé, les salauds ! Tiens bon ! »


RETROUVAILLES


On se regarde tous, drôlement embêtés, Maurice, les gendarmes, Brougnard et moi. L'autopsie va commencer dans quelques minutes à peine, et nous venons seulement de nous rendre compte de l'énorme gaffe que nous allions commetttre.

Albert ne se doute encore de rien. Déjà revêtu de son tablier, de sa blouse, de sa toque, de ses protège-chaussures et de ses gants roses, il dispose en sifflotant gaiement tous les instruments nécessaires sur des plateaux d'aluminium immaculés.

C'est qu'il travaille bien, Albert. Rien à dire. Un passionné. Toujours disponible. Jour et nuit. Et encore plus depuis que sa femme l'a plaqué, lassée de passer ses nuits seule tandis que son mari épluchait des cadavres.

Albert avait accusé le coup, mais s'en était remis avec le temps. Il était bien placé pour savoir que la vie est courte et qu'il convient d'en profiter.

C'était voici trois ans, et Albert, désormais divorcé, tout entier plongé dans son métier, semble avoir oublié son infortune. Et voilà que sa femme vient de revenir ! Et dans quel état ! C'est bien simple : nous ne l'avons pas reconnue...

Gonflée de gaz, elle a été retrouvée dans le coffre de la voiture de son nouveau mari, proprement étranglée par celui-ci, assez jaloux de nature. Néanmoins, les papiers d'identité retrouvés sur le corps ne permettent pas le moindre doute. C'est bien la femme d'Albert qu'Albert s'apprête, sans le savoir, à découper !

Cette seule pensée nous est insupportable ; c'est sûr, il ne va pas tenir le coup. Il faut le préparer, lui expliquer la situation et appeler un remplaçant. Et même si on ne trouvait pas de remplaçant, chacun d'entre nous s'est déclaré prêt à remplacer le pauvre homme à bistouri levé.

Mais d'abord, il faut le prévenir. C'est évidemment son patron, Brougnard, qui est chargé de la corvée. Il s'approche de son collaborateur, l'air navré :

« Albert, j'ai quelque chose à vous dire... »

« Ouais, patron. Je vous écoute... », dit Albert qui prépare l'égoïne étincelante.

« Asseyez-vous, Albert... »

« Mais pourquoi, je suis pas fatigué ! Il est à peine minuit ! »

« C'est que... voilà... j'ai une bien mauvaise nouvelle à vous annoncer... »

« Quoi ? », rugit Albert, « L'autopsie est annulée ? »

« Non, au contraire... justement... mais il se trouve que celle de ce soir pose un problème... »

« Quel problème ? », s'inquiète Albert, prenant le couteau à désosser. « Y a jamais de problème, avec les autopsies ! »

« Asseyez-vous. Je vous assure que c'est grave... »

« Bon », dit Albert. Et il s'assied docilement sur le tabouret, prêt à tout entendre.

Pendant ce temps, Gérard, Maurice et moi nous sommes rapprochés, prêts à secourir le malheureux dans sa légitime détresse.

« Ben voilà », poursuit le légiste, « le cadavre d'aujourd'hui... »

« Je sais », coupe Albert, « il est faisandé... mais c'est pas grave, j'en ai vu d'autres ! »

« Oui, mais voilà... c'est celui de votre ancienne femme... »

« Mon ancienne femme ? », hurle Albert.

Déjà, nous nous serrons tous contre lui pour prévenir toute faiblesse : le plancher des morgues est toujours carrelé.

« Mon ancienne femme ? Ce soir ? Elle ? L'étranglée ? Dans le coffre ? »

« Eh oui, Albert... c'est elle, hélas... »

« Mon Dieu ! », dit Albert.

« Alors », reprend Brougnard, « on a tous pensé qu'il valait mieux vous remplacer... ce soir... pour l'autopsie... »

« Me remplacer ? », hurle Albert. « Me remplacer ? Moi ? Parce que c'est cette salope ? Pas question, nom de Dieu ! Pas question ! C'est le plus beau jour de ma vie ! »


Il se lève d'un bond, et, enthousiaste, s'approche de la table où gît le corps, encore enveloppé de son linceul de plastique.

« Allez ! Au travail ! », ordonne-t-il.

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Table des matières
1. Les Coulisses du Crime
2. Introduction
3. EXTRAITS du LIVRE