|
.
INTRODUCTION
Un meurtre, c'est toujours la fin
brutale d'un être humain.
Mais, pour certains hommes, une
mort violente frappe les trois coups d'une
entrée en scène sur laquelle chacun va jouer un
rôle bien précis: La SCÈNE du
CRIME, ballet macabre dont la victime
tient la vedette. Apparemment inaccessibles à
tout sentiment humain, insensibles aux larmes,
aux cris et au sang, on les trouve toujours sur
les lieux d'un homicide ou d'un suicide douteux
:
Les MAGISTRATS,
procureurs ou juges d'instruction responsables
de l'enquête.
Le procureur prend
celle-ci en mains à son début, jusqu'à ce qu'il
s'en désaisisse au profit d'un juge
d'instruction.
Le juge, lui, forme avec
son (ou sa) greffier(ère) un couple
indissociable en toute circonstance, ce(tte)
dernier(ère) servant à son seigneur et maître de
secrétaire, pense-bête, poisson-pilote,
confident(e) et bonne à tout faire. Comme des
époux, c'est pour la vie que le juge et
greffier(ère) sont unis, qu'ils s'adorent ou se
haïssent. Dans cet ouvrage, « mon »
juge s'appelle Maurice.
Les ENQUÊTEURS,
policiers ou gendarmes chargés de recueillir les
témoignages et d'élucider l'affaire; parmi eux,
on trouve ceux qui sont plus spécifiquement
chargés de faire les constatations, prendre des
photographies, tracer les plans et tenter de
recueillir les indices. Je tiens ici à rendre
hommage aux gendarmes de terrain, passionnés par
leur travail, disponibles vingt-quatre heures
sur vingt-quatre, qu'il convient de ne surtout
pas confondre avec les membres de leur Direction
Générale qui, d'ailleurs, ne les connaissent
même pas. Dans le texte qui suit, j'ai baptisé
Gérard un de leurs
adjudants.
Le MÉDECIN, venu
constater le décès, et qui ne s'attarde guère :
les médecins normaux détestent fréquenter les
morts.
Le MÉDECIN
LÉGISTE, dont, au contraire, les
cadavres constituent la clientèle et qui se
déplace parfois sur les lieux du crime avant de
regagner son royaume : la morgue où, plus tard,
il autopsiera le corps de la victime. Dans ce
livre, j'ai appelé mon légiste
Brougnard.
Les EMPLOYÉS DE LA
MORGUE, qui attendant que les
enquêteurs aient fini leur travail pour emmener
le corps. Leur mission est d'assister le légiste
lors des autopsies, préparer le materiel,
recoudre et réparer au mieux les cadavres après
celles-ci. J'ai baptisé Albert
le garçon de morgue que nous rencontrerons
fréquemment au cours de ce récit, même si, dans
la réalité, il s'agissait de personnages
différents. Il ne faudra donc pas s'étonner si
Albert apparaît alternativement marié, veuf ou
célibataire.
Et puis, dans les cas très
difficiles ou désespérés, on appelle
L'EXPERT, le spécialiste en
morts violentes, dernier recours avant
l'échec.
C'est le rôle que j'ai tenu
pendant dix ans, de 1982 à 1992.
Mon métier tel que je le concevais
était très particulier : les magistrats, les
employés de la morgue et les enquêteurs ignorent
les problèmes du scientifique. Les techniciens
des laboratoires de police, eux, ignorent tout
des affres de l'enquête, de même que le médecin
légiste.
Ma mission, elle, était complète :
tout mettre en oeuvre pour résoudre l'affaire
qui m'était confiée. Pour cela, quels que soient
le jour et l'heure, je recueillais sur les lieux
du crime tous les indices oubliés, les étudiais
au laboratoire, épluchais les dossiers
d'instruction pour y rechercher des éléments à
exploiter scientifiquement, participais aux
autopsies et aux exhumations.
Personne n'avait jamais joué ce
rôle. Et il ne laisse pas intact l'imprudent qui
le pratique.
Ainsi au cours de mes missions,
j'ai découvert que l'imagination de l'homme est
infinie quand il s'agit de trouver le meilleur
moyen d'exterminer son prochain, et que ce souci
hante aussi l'amateur, celui qu'on croise tous
les jours dans la rue.
Outre les grands classiques (arme
à feu, arme blanche, Opinel
omniprésent, poison, corde, etc.), on constate
que l'objet le plus innocent peut devenir un
instrument de mort ; il m'a été donné d'étudier
des meurtres ou des suicides au tire-bouchon, à
la faux, à la hache, à la vrille, au cutter, à
la ponceuse, à la perceuse électrique, à
l'aiguille à tricoter, au fer à souder, aux
ciseaux, à la fourchette, au sèche-cheveux, et,
bien sûr, à la célèbre tronçonneuse.
Certains acteurs sophistiqués
n'hésitent pas à employer des moyens lourds,
tels que gyrobroyeurs et même séchoirs à linge
industriels. D'autres, plus rustiques, savent se
contenter de leurs dents. Mais on peut aussi
tuer avec de simples mots, il existe des phrases
qui laissent des cicatrices, et certains éclats
de rire sont plus blessants que des éclats
d'obus.
Mais je me souviens aussi de
certaines scènes qui éclairèrent de temps à
autre les « coulisses du crime » d'une
note d'humour ou de drôlerie macabres.
Ce sont elles que, dans cet
ouvrage, j'ai voulu raconter. Et raconter aussi
de bien étranges rencontres, des gaffes
monumentales et des réalités dépassant
l'imagination la plus débridée.
Je précise qu'aussi incroyables ou
monstrueuses soient-elles, toutes ces histoires
sont parfaitement authentiques et que je les ai
vécues pour la plupart. Je me suis simplement
contenté de respecter l'anonymat des
protagonistes ainsi que celui des lieux où les
faits se sont déroulés. |