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Travaux avec Rager

Bien qu'il fasse confiance à l'appareil (et à son créateur), Rager demeure prudent. D'un commun accord, il débute avec des séances courtes et une croissance lente de l'intensité du courant. Il a été quelque peu affolé lorsque je lui ai annoncé supporter sans le moindre inconvénient un courant de 35 milliampères dans la région occipitale, intensité utilisée pour... la chaise électrique, mais de toute autre manière !

Et pour finir de s'assurer, pendant l'hiver 1961-62 il vient chez moi le soir après souper, deux ou trois fois par semaine pendant les trois ou quatre premiers mois d'expérimentation. Nous pouvons ainsi analyser au jour le jour les résultats qu'il obtient, dont il me parle avec un enthousiasme jamais démenti. Pour la première fois de sa carrière, déjà avancée, il observe une amélioration impressionnante de l'état de ses malades les plus gravement atteints, et ce en quelques séances seulement. Et de surcroît, cette amélioration survient systématiquement, conduisant chez plus de quatre-vingt pour cent de ses malades traités à la quasi disparition de tout symptôme, au quasi abandon des médications habituelles et au retour à une activité et une vie normales. Ces longues soirées prennent souvent un caractère pédagogique : ayant dû beaucoup travailler la biologie cellulaire et l'électrocinétique membranaire, je peux ainsi introduire Rager à ces disciplines, formation dont il tirera plus tard le meilleur profit personnel.

Et bien sûr se pose à nouveau la question lancinante : dans quelle mesure le DNR, ajouté en faible quantité à l'électrolyte, intervient-il au niveau du résultat des séances ? Une expérimentation systématique faite ultérieurement montrera de manière indiscutable que le seul champ électrique assure l'intégralité des résultats observés. En somme, utilisé de façon intensive, le DNR seul apporte les résultats positifs observés par Norbert, parfois lents cependant à se manifester ; l'ionocinèse seule apporte les mêmes résultats, équivalents et souvent supérieurs, mais dans un délai beaucoup plus court, réduit dans de nombreux cas à quelques jours seulement. L'association des deux thérapeutiques constitue alors manifestement la méthode de choix pour le traitement de fond de ces pathologies, avec un taux de succès exceptionnel et son maintien dans le temps.

Mais là encore va se confirmer la fracture évoquée plus haut, et très probablement des pressions auxquelles Norbert ne pourra résister, rendant impossible la mise en oeuvre d'une stratégie commune, seule efficace.


Cependant, fort des excellents résultats obtenus en me constituant "animal d'expérience", j'ai déposé le 10 avril 1962 à l'Institut National de la Propriété Industrielle, à Paris, sous le N° 7.414, une demande de Brevet qui me sera accordé dans les conditions habituelles, sous le N° 1.250.647, assurant ainsi ma propriété sur l'invention. Fort également des résultats enregistrés auprès d'un nombre significatif de malades, je décide avec Rager, à l'automne 1962, de demander la publication de ce premier travail aux Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, à Paris, sous nos deux noms ainsi qu'il se doit.

En accord avec Rager, le dossier de publication est rédigé et expédié par mes soins et la note doit être présentée par Monsieur Courrier, Secrétaire perpétuel, au voisinage du 10 Janvier 1963 : elle s'intitule "Processus nouveau d'interactions énergétiques au niveau de la membrane cellulaire : applications aux maladies du système cardio-vasculaire : premiers résultats expérimentaux". Le néologisme "ionocinèse contrôlée" figure par ailleurs dans le texte pour définir précisément la nature du processus physique en cause.

Las ! Je recevrai quelques temps plus tard une lettre embarrassée du Secrétaire perpétuel m'informant que "la nature du travail que nous rapportions ne permettait pas sa publication dans le cadre des Comptes Rendus" etc., etc. C'est la première des fins de non-recevoir, que beaucoup d'autres vont suivre.


Toutefois, afin de conserver, quoiqu'il arrive, l'antériorité de mes travaux et des résultats obtenus, j'ai pris soin de déposer une série de "plis cachetés" aux archives de l'Académie des Sciences : le premier, en date du 16 juillet 1962, sous le N°14.318, expose l'ensemble des hypothèses relatives aux interactions champ électrique/interface membranaire ainsi que la solution proposée aux problèmes résultant de ces interactions ; le second pli, en date du 5 novembre 1962, sous le N°14.340, contient simplement, à titre de précaution, la note dont nous demandons la publication ; le troisième pli, en date du 17 décembre 1962, sous le N°14.347, reprend le contenu du pli du 16 Juillet en précisant et étendant le contenu de certaines hypothèses, suite à des investigation bibliographiques approfondies; le quatrième pli, en date du 24 février 1963, sous le N° 14.661, expose les hypothèses de départ dans le cadre de la physico-chimie quantique, apportant une avancée notable dans l'interprétation des faits observés ; enfin le cinquième pli, en date du 11 mars 1963, sous le N° 14.375,est le descriptif de l'appareillage que j'ai créé, dans sa version la plus avancée, utilisée à l'époque.


L'automne 1962 nous voit donc quasiment maîtres d'une thérapeutique exceptionnelle, d'une extraordinaire efficacité et d'une totale innocuité. La qualité des résultats, leur réalité clinique, leur permanence, sont parfaitement indiscutables, attestés par près de deux cents malades traités avec un succès constant, tous malades disposant d'un dossier complet rapportant l'évolution de la pathologie, excluant donc le recours à un "effet placebo" ou une "rémission spontanée", qui seraient ainsi survenus miraculeusement dans le cabinet de Rager de façon étrangement systématique ! L'idée nous vient alors de constituer une petite association destinée à l'exploitation du procédé à une échelle plus commode et plus rentable que le seul cabinet médical.

Je dois dire que j'ai engagé des frais assez considérables pour l'étude et la réalisation des premiers appareils, sans aucune aide. Je souhaite donc me libérer autant que possible de cette contrainte. C'est ainsi que le 15 novembre 1962, Rager, moi-même et un ami industriel intéressé par le produit, déposons sous nos signatures respectives les statuts d'une Association en Participation, enregistrée à la Préfecture de la Gironde sous la référence 78-234-226/6. J'y fais apport du brevet précité, Rager apporte "son expérience personnelle ainsi que tout matériel intéressant l'Association", le troisième associé nous apportant l'infrastructure nécessaire et le financement de démarrage.


Le refus de l'Académie des Sciences constitue évidemment un sérieux contretemps pour la possible diffusion de la nouvelle thérapeutique. Pour autant, cela ne nous empêchera pas de poursuivre le travail entrepris. Rager continue d'enregistrer avec régularité des résultats excellents, et surtout durables, car il apparaît alors, avec un recul d'une année, que la majorité des malades traités et "guéris" voient leur état complètement stabilisé, et peuvent poursuivre une vie et une activité strictement normales. Ceux des patients qui présentent une rechute reçoivent une nouvelle série de dix à quinze séances, et font en majorité l'objet d'un retour à la normale, les quelques patients plus gravement atteints bénéficiant toujours d'une large amélioration. Dans le courant de 1963, je reprends le perfectionnement de l'appareillage, et dépose le 11 septembre une nouvelle demande de Brevet, sous le N°7536, faisant état des modifications, m'assurant ainsi - en principe - une complète protection face à une éventuelle diffusion.

Dans le même temps, Rager s'est mis en relation avec le professeur Lian, éminent cardiologue de la Faculté de Médecine de Paris, membre de l'Académie Nationale de Médecine, à qui il a fait part de notre travail commun. Très intéressé, le professeur Lian nous propose alors de participer aux Assises Internationales de la Recherche et de l'Invention, devant se tenir à Turin du 28 au 30 septembre 1963. Nous acceptons évidemment avec reconnaissance ce qui pourrait devenir une première accréditation auprès de la communauté scientifique, et nous présentons notre travail.

A notre surprise, très peu de médecins assistent aux deux exposés, et c'est devant un public intéressé mais clairsemé que nous allons parler. Une fois encore, nous nous heurtons à l'incrédulité, parfois à une franche hostilité, des quelques médecins présents à la conférence. L'un d'eux aura cette conclusion, hélas prémonitoire : "on a de bons médicaments ; alors votre "truc" ne durera pas longtemps et très vite on n'en entendra plus parler"....

De retour à Bordeaux, la presse locale ayant eu vent du travail présenté à Turin par deux bordelais, se rend à mon domicile pour plus de détails. Un article et une photo de l'appareil paraissent le lendemain sans que j'aie pu vérifier le texte, article qui va entraîner pour Rager son premier problème avec le Conseil de l'Ordre. Et du même coup le premier conflit entre nous, car il me tient alors pour responsable "d'excès journalistiques" auxquels je suis évidemment totalement étranger. En fait, l'article est très mesuré et ne comporte aucun excès journalistique, mais il constitue par son contenu une petite bombe que les tenants inconditionnels d'une certaine déontologie ne peuvent supporter. Sans que les causes m'en paraissent évidentes et défendables, notre collaboration s'effilochera alors rapidement et je n'aurai plus guère de nouvelles précises de son activité pendant plusieurs années. Il demeurera cependant mon cardiologue attitré, l'excellence de ses capacités n'étant jamais en cause, mais ne me donnera à l'occasion de nos rencontres que des nouvelles très évasives de son activité, insistant toutefois sur le succès persistant qu'il rencontre auprès de patients de plus en plus nombreux et satisfaits, et sur la publication par ses soins et sous son seul nom des résultats qu'il obtient.

Je saurai seulement qu'il utilise régulièrement l'appareil puisqu'il ne manquera pas de me demander d'en assurer entretien et réparations ....


Dans le même temps, mes relations avec Norbert sont devenues plus difficiles ; bien qu'il continue d'utiliser le DNR en additif à l'électrolyte, Rager ne manque pas d'insister sur l'effet, qu'il estime fondamental, de l'ionocinèse. Il en résultera, bien à tort, une amertume certaine de Norbert, qui se traduira par le refus d'évoquer les effets de l'ionocinèse, surtout associée à son DNR dont nous sommes totalement convaincus de l'efficacité, DNR qu'il me fournit en abondance... afin que je l'utilise lors des séances !


Ainsi se perpétuera, au long de plus de trente années, ce qui restera pour moi souvenirs précieux, paradoxes et sources de peine : Norbert présent à tous les événements marquants de ma vie de famille, partageant les joies de mes enfants et y contribuant, partageant lors de longues soirées gaies et animées notre intimité, nos espoirs, nos projets et les siens, et pourtant, tellement réticent, évasif, fuyant, dès que j'évoquais les résultats de mes propres travaux, en qui il semblait voir des concurrents illégitimes.

Norbert dont j'ai pendant plus de trente années accepté de tester sur moi-même et les miens les nouvelles moutures du DNR au fur et à mesure de ses inspirations, sans la moindre crainte d'ailleurs je dois bien le dire ! Norbert tellement inquiet et méfiant - à bon droit - m'entraînant dans son incroyable coin de labo et commentant sans la moindre restriction et sans en rien cacher les détails de la préparation de son "dernier" DNR, cérémonie réservée à quelques très très rares familiers dont j'étais. Je repartais alors avec le précieux flacon, en l'occurrence une bouteille d'Evian ou de Contrex désaffectée, pour un nouvel essai sur la famille !


Il faut cependant continuer un travail tellement prometteur, quelles que soient les difficultés ou embûches que nous sommes destinés à affronter, et amorcer la deuxième époque de cette aventure.

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Table des matières
1. DNR et Cytotron
2. Avant-propos
3. Rencontre avec Duffaut
4. Etudes de chimie
5. De la chimie à la physique
6. « LA » question
7. Travaux avec Rager
8. Les Mandarins
9. Le docteur Clauzel
10. Conclusion